Le « social-business » selon M. Yunus

Mohamed Yunus, fondateur du micro-crédit, prix Nobel de la Paix en 2006, a lancé le principe de l’entrepreneuriat social ou «social business». Cette citation de Michel Rocard dans l’Express résume à merveille le concept : “le social business, c’est la logique d’économie marchande et capitaliste mais sans la distribution de dividendes”.

Cet autre article de l’Express de 2014, annonce qu’une cinquantaine d’entreprises occidentales majeures ont adopté cette voix.

L’exemple le plus abouti est la co-entreprise fondée entre la Grameen Bank (la banque historique de micro-crédit fondée par M. Yunus) et Danone : la Grameen Danone Foods Ltd

Elle fabrique des yaourts enrichis en vitamines et oligo-minéraux pour lutter contre les carences alimentaires des habitants pauvres du Bengladesh, en s’approvisionnant localement et distribuant ses produits par du porte-à-porte. Les profits vont donc principalement aux fermiers, aux ouvriers de l’usine et aux femmes qui assurent la vente, sans intermédiaires. L’engagement social de ne pas générer de bénéfice permet de vendre ces produits à un prix accessible aux plus pauvres.

Le concept de ne pas verser de dividendes aux actionnaires (M. Yunus dit : « no loss, no dividends ») pose la question de sa pérennité. Quel entrepreneur peut garantir que sa société ne fera pas de pertes ? Inéluctablement, certaines feront faillite. C’est un fait statistique. Le paiement des dividendes doit permettre de dédommager l’investisseur contre le risque de faillite. Il doit aussi permettre à l’ensemble du capital de croître[1], permettant ainsi de financer d’autres activités.

Si on vous demande d’investir dans une société et que les termes de votre investissement sont :

  • vous subissez 100% des pertes
  • vous bénéficiez de 0% des bénéfices
  • votre argent réduit la pauvreté dans le monde

Est-ce que vous investissez dans cette entreprise ? Considérez-vous cela comme un investissement ou comme un don ?

Un rapport de 2011 disponible sur le site de Danone,  révèle que la co-entreprise a réalisé des pertes de 2007 à 2011 (date du rapport) et a englouti, sur cette période 2,3 millions de dollars de capital ainsi que 2.7 millions de dollars de frais de R&D et subventions fournis par Danone. A la date de ce rapport, il était estimé qu’il fallait construire deux usines supplémentaires avant que l’entreprise soit financièrement rentable.

Le rapport indique (p14) que la crise de 2008 aurait même pu tuer l’entreprise et en juin 2016, je n’ai pas réussi à trouver de rapport financier plus à jour. Ceci illustre les difficultés que rencontrent les entreprises.

Le pari «no loss, no dividends» n’est pas encore gagné !

 

[1] Théorie dominante de la fin du XXème siècle qui explique la croissance des économies par l’accumulation et l’augmentation du capital et de la main d’œuvre. Toutefois, au XXIème siècle, l’innovation est le grand moteur de la croissance.

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